La sortie du dernier album de Rosalía, LUX, le 7 novembre dernier, confirme que la lumière demeure une source d’inspiration majeure en musique, qu’elle se déploie sur le plan spirituel, symbolique ou engagé.
L’industrie musicale semble baignée de clarté. Et pour cause, le nouvel album de Rosalía, LUX (qui signifie « lumière » en latin), marque le début d’une nouvelle ère pour la pop star espagnole… et peut-être même pour le monde de la musique. Contrairement à l’énergie débridée et expérimentale de MOTOMAMI (2022), LUX explore une esthétique lumineuse et profondément spirituelle. Sur la pochette de l’album, la chanteuse apparaît entièrement vêtue de blanc, le voile au vent sous une lumière crue. À première vue, la lumière devient métaphore de renouveau, ancrée dans une imagerie presque religieuse, guidant l’univers sonore et visuel du projet. D’ailleurs, plusieurs titres, tels que Reliquia (Relique), Dios Es Un Stalker (Dieu est un stalker) ou encore Divinize (Diviniser), confirment cette dimension.
Le concept de lumière dépasse également le cadre sonore. Le CD ainsi que le vinyle s’ornent de citations féminines inspirantes, citant la poétesse musulmane Rabia al-Adawiyya : « Aucune femme n’a jamais prétendu être Dieu », pour encourager les femmes à devenir des figures de lumière, et celle de la philosophe française Simone Weil : « L’amour n’est pas une consolation, c’est une lumière », qui envisage l’amour comme illumination.

Cette mise en scène se prolonge ainsi dans la réalité. À Madrid, le 20 octobre dernier, Rosalía s’est élancée dans la foule lors de l’annonce de la sortie de l’album. Cette dernière était vêtue d’une longue robe blanche, les cheveux bruns auréolés d’un halo de lumière décolorée.
Tantôt mystique, tantôt solaire…
Qu’il s’agisse de capturer la splendeur d’un lever de soleil ou d’explorer les profondeurs de notre côté sombre en passant par la quête spirituelle, la lumière n’a jamais cessé d’inspirer les artistes.

Avant Rosalía, Madonna en avait déjà fait une métaphore d’éveil avec Ray of Light, sorti en 1998. Portée par la naissance de sa fille Lourdes, la découverte de la Kabbale ainsi qu’une immersion dans le yoga et les philosophies orientales, la chanteuse signait un album introspectif, lumineux, témoin d’une renaissance autant personnelle qu’artistique.
Ces explorations ont aussi marqué l’industrie de la mode. À la fin des années 90, ce morceau engendre une vague de silhouettes futuristes, presque métalliques. La lumière devient alors un matériau stylistique, un reflet que les créateurs cherchent à capturer dans les textiles, notamment avec le satin irisé.
Mais la lumière revêt bien d’autres significations chez les artistes. Avec Pink Floyd, à travers The Dark Side of the Moon (1973), les rockeurs anglais explorent le versant obscur de l’âme humaine. Les ténèbres y deviennent le reflet de la folie et de la perte de repères. Pour les Beatles, elle devient symbole d’espoir. Écrite en 1969 alors qu’il traverse une période de doute, Here Comes the Sun voit George Harrison transformer un lever de soleil printanier observé chez Eric Clapton en une métaphore lumineuse d’apaisement intérieur et de renouveau.
Plus contemporain, le peintre et chanteur français Lossapardo place la lumière au cœur de son univers. Sur la pochette de son dernier album If I Were Paint It (2024), une silhouette contemple une toile traversée par une onde lumineuse, annonçant d’emblée la dimension visuelle du projet.
L’album, quant à lui, s’achève sur le morceau Un peu de lumière, comme une conclusion optimiste, celle d’une évolution artistique vers la clarté.

La lumière manifeste
La lumière prend une place majeure dans la musique lorsqu’elle s’invite aussi dans la scénographie. Les jeux de lumière dans les concerts cherchent à toucher le public et à véhiculer un message fort. En octobre dernier, lors d’un concert à New York, la chanteuse néo-zélandaise Lorde a choisi d’éclairer la scène de faisceaux lumineux rouges, blancs et verts évoquant le drapeau palestinien. Ce geste revêt une dimension symbolique visant à manifester son soutien envers les victimes du conflit.
Dans une approche différente mais tout aussi engagée, Jean-Michel Jarre, pionnier de la musique électronique, l’utilise pour alerter sur l’environnement. Lors d’un concert à la Mer Morte, les projections lumineuses ont mis en scène les dangers liés à la sécheresse, transformant la scénographie en manifeste écologique. De la même manière, les shows de Billie Eilish s’appuient sur des jeux de lumière souvent sombres ou contrastés, pour souligner des thèmes sensibles comme la santé mentale, l’isolement ou la fragilité émotionnelle. Enfin, Kendrick Lamar exploite la lumière dans ses concerts et clips pour dénoncer les violences policières ainsi que les discriminations raciales tout en célébrant la résilience et l’espoir de la communauté noire.

©Jamie Stoker

©Elysée Montmartre
Par sa couleur, son intensité et son rythme, la lumière module l’émotion et l’atmosphère de chaque morceau. Cette lueur ne façonne pas seulement l’univers musical, elle structure également celui de la mode. Lors du défilé Haute Couture Givenchy SS2019, la maison présentait un décor entièrement blanc, presque clinique, où le sol, les murs ainsi que la passerelle disparaissaient dans une clarté uniforme. À l’inverse, le défilé Paul Smith FW2020 misait sur une ambiance tamisée, traversée de lumières bleues profondes qui sculptaient les silhouettes comme si la scène se déroulait à la tombée de la nuit. Ici, la lumière guide le regard, sculpte l’émotion et impose sa dramaturgie, comme elle le fait dans la musique.

About the Author
Clémence Bodeau
Rédactrice pour l’édition 2025-2026 du magazine Blazé.e.s et étudiante en Master de communication de la mode à l’Université de la Mode à Lyon, j’aspire à rédiger des articles qui dépassent la tendance pour interroger ce que la mode dit de nous, de nos identités ainsi que de notre époque.

