La Fripe c’est chic !

De Emmaüs à Vinted, en passant par les friperies et brocantes, le marché de la mode de seconde main n’a jamais été aussi en vogue qu’aujourd’hui. Devenant ainsi une véritable menace pour les marques de fast fashion.

Autrefois qualifiées de lieux pour les plus démunis, les friperies sont désormais le rendez-vous des amoureux du vintage et des petits prix. En quinze ans, le marché de l’occasion a explosé. Une montée en puissance qui a commencé avec le phénomène Vinted, champion de la seconde main en France, et dans le top 5 des sites d’e-commerce les plus consultés. Une bonne alternative au secteur du textile, l’une des industries les plus polluantes du monde, qui dégage à lui seul 1,2 milliards de tonnes de gaz à effet de serre par an. Une prise de conscience de la part des consommateurs éveillé par la catastrophe la plus mondialement connu dans le milieu de la mode : l’effondrement de l’usine textile Rana Plaza le 24 avril 2013.

©Camille Durand-Roger

La seconde main, le nouvel el dorado de la Generation Z

Cette démarche a rencontré un énorme succès, notamment auprès des étudiants. C’est ce qu’affirme Bénédicte, gérante de la friperie Le Bardak à Metz depuis 8 ans : « Aujourd’hui c’est très à la mode donc il y a beaucoup plus de jeunes, alors qu’avant c’étaient plus des gens du quartier, avec une sensibilité liée à la récupération. Les gens qui aiment la fripe en général. » Dépenser moins, vendre pour financer ses achats tout en faisant un geste pour la planète, voilà ce qui motive aujourd’hui ces jeunes. Beaucoup d’étudiants se sont ainsi tournés vers une démarche de Slow Fashion, laissant derrière eux les grandes enseignes du textile. C’est notamment le cas de Justine, 21 ans, étudiante dans la communication de la mode, pour qui chiner est devenue une véritable passion depuis maintenant 2 ans. « J’ai eu le déclic après avoir visionné le documentaire The True Cost montrant les conditions de travail dans les usines au Bangladesh. En plus avec mes cours de marketing pendant mon DUT Information – Communication je me suis rendu compte de l’impact de l’industrie de la mode. Derrière tout ça il y a des gens qui souffrent et une planète qui est polluée de plus en plus. Acheter en friperie c’est pour moi une façon plus éthique de consommer des vêtements. En plus les stocks sont renouvelés très rapidement, on peut y trouver différents styles de toute époque et à petit prix. »

Acheter pour acheter a perdu tout son sens. Chiner est devenu un art qui demande du temps et de la réflexion. Il faut savoir sortir de sa zone de confort et imaginer le vêtement. Les produits vintages témoignent d’une histoire forte et possèdent un vécu. Ce sont des pièces uniques, et de qualité, ayant traversé le temps. Un changement de bouton, une ceinture en plus, et voilà un vêtement d’occasion remis au goût du jour ! 

Et comme la mode est un éternel recommencement, on ne peut qu’y retrouver des vêtements et accessoires tendances. Les grandes enseignes n’ont plus qu’à aller se rhabiller !

©Camille Durand-Roger

Quand la fast fashion se veut éco-responsable

Un engouement tellement fort que certaines marques de Fast Fashion se sont elles aussi tournées vers une démarche plus écologique et respectueuse de l’environnement. C’est notamment le cas de Kiabi, avec le développement de sa plateforme de revente de vêtements d’occasion entre particuliers. Ou même de la marque suédoise H&M, qui lance en 2011 sa gamme « Conscious ». Mais une marque qui produit des milliers de vêtements par mois, voire par an, peut-elle vraiment devenir une marque éthique et écologique ? C’est la question que beaucoup de personnes se posent et notamment Elise, étudiante de 21 ans dans la communication et adepte de la seconde main, qui reste assez mitigée. « Je pense que c’est une très bonne initiative même si ça reste une marque de Fast Fashion, c’est un premier pas qu’il est important de souligner. Bien évidemment on ne peut pas leur demander de changer leur manière de produire des vêtements du jour au lendemain. Mais c’est encourageant pour l’avenir de la Fast Fashion. Par contre les marques comme H&M, Bershka, etc. qui ont lancé des lignes conscious pour moi c’est juste du greenwashing. Ça ne change rien à la façon dont les vêtements sont produits et à la qualité de vie des travailleurs. » 

Images publicitaires, collections conscious et longues promesses, les grandes enseignes savent comment vendre du rêve au plus naïf pouvant ainsi facilement tomber dans le piège. 

Camille Durand-Roger