Strass et paillettes, quel rapport à la fête ?

Sous la lumière de soirée, les identités se libèrent et les codes se renversent.

On a toujours appris aux femmes à être discrètes, à ne pas prendre trop de place… Et si aller en soirée était le seul moyen d’enfin pouvoir être visibles ? Les paillettes sont considérées aujourd’hui comme excessives et provocantes, en porter au quotidien serait vu comme être « trop habillé.es ». Pour autant, elles existent depuis la préhistoire pour faire briller les peintures, et sur les maquillages des Égyptiennes pour un visage éclatant. Alors pourquoi sont-elles aujourd’hui autant liées à un événement festif ?

Audrey Hepburn en Paco Rabanne dans le film « Voyage à deux » , 1967

Pour revenir aux origines, le strass a été inventé en 1746 par Georges Frédéric Strass, un joaillier strasbourgeois qui souhaitait démocratiser le port des bijoux. Constitué à l’origine de cristal de verre, il s’est depuis imposé dans la mode et recouvre les robes des créateur.ices, des plus luxueuses, aux plus abordables. Côté sequin, il fut créé en 1934 par Henry Rushman et connaîtra une trajectoire similaire. Cette invention a attiré le regard de Paco Rabanne qui, en 1966, crée la première robe à sequins géants. Dans le film Voyage à deux, sorti l’année suivante, Audrey Hepburn porte une robe courte du couturier, remarquable par ses grands sequins de métal et son extrême brillance et marque un tournant pour la maison.

Ainsi, ces atouts brillants ont permis une vision nouvelle dans la mode et font encore aujourd’hui partie de nos garde-robes. Jean Paul Gaultier est également l’un des créateurs qui s’en sont emparés, ce qui nous permet de saisir l’importance de ces scintillements lumineux dans la création. Les strass, les paillettes et les sequins, qu’ils soient de cristal ou de métal ; argentés, dorés ou colorés, incarnent un message brillant plus significatif qu’on ne le pense.

La lumière pour se rendre visible 

Réfléchissant la lumière, les paillettes ont le don pour capter l’attention. Les robes parées de strass ou faites d’un tissu brillant attirent le regard par cette luminosité intense. Le fait d’en porter vient pousser à assumer une certaine visibilité. Dans cette idée, dans sa thèse La ville en fêtes : signe d’identités, lieu de résistance ?, la professeure et géographe de l’aménagement urbain, Catherine Bernié-Boissard nous explique que “dans l’histoire urbaine, la fête symbolise des moments de résistance. La superposition entre identité et résistance est souvent à l’origine des fêtes contemporaines”. La décision de porter un habit qui attire le regard devient alors un moyen d’exprimer son identité.

La superposition entre identité et résistance est souvent à l’origine des fêtes contemporaines

Jean Paul Gaultier avec ses valeurs “d’audace et de liberté” comme lui-même les définit, a toujours su valoriser les femmes en les habillant de façon expressive : elles prennent enfin de la place. “J’adore et admire tous ceux qui sont différents. J’aime ça. Le bon goût est banal. L’excentricité est chic.” nous raconte le créateur. C’est dans sa campagne Gaultier célèbre les différence qu’il habille les mannequins de façon assumée, engagée et expressive pour qu’on les remarque enfin. Parmi elles, des tenues brillantes dorées reflétant la lumière attirent particulièrement notre attention. Se parer d’une tenue scintillante pour sortir devient alors un moyen de casser les codes, de se différencier et d’affirmer son identité. On revendique le droit de briller et même, de choquer.

Jean Paul Gaultier, campagne Gaultier célèbre les différence

La fête comme source de créativité

Les robes des années 1960–70 de Paco Rabanne apportent du renouveau dans la mode. Composées de plaques métalliques comme une armure d’or, elles évoquent tout naturellement le monde de la nuit. Khémaïs Ben Lakhdar, historien de la mode, nous explique : “À partir des années 70, le prêt-à-porter s’inspire de l’ambiance festive pour créer de nombreuses silhouettes tout en singeant l’aristocratie.», dit-il, avant de poursuivre : « Il pouvait s’agir de haute couture avec des broderies sublimes et impeccablement faites, mais aussi de vêtements bon marché qui produisaient tout de même un effet visuel”. Chez Rabanne, la fête est source inépuisable de création et reflète même une partie de l’identité de la maison. Encore aujourd’hui, le directeur artistique de la maison, Julien Dossena, présente à chaque collection une nouvelle manière d’aborder la luminosité, la fête, le glitter. L’emblématique robe de sequins métalliques dorés ou argentés est chaque saison réinventée et fait perdurer la brillance comme icône dans la création de mode.

Défilé Paco Rabanne Printemps-Été 1966
Défilé Rabanne Automne-Hiver 2023
Défilé Rabanne Automne-Hiver 2025

Outre Rabanne, de nombreux.ses créateur.ices s’inspirent également de cette festivité nocturne pour renouveler et perpétuer le glam et les strass. Hedi Slimane, chez Celine, revisite régulièrement les codes de la soirée où le glitter et le doré se mêlent et renvoient à l’intensité du monde de la nuit. Que ce soit par son aspect revendicatif ou par la créativité qu’elle favorise, la brillance du vêtement illumine nos vies et reste un symbole iconique de la mode.

Défilé Céline Automne-Hiver 2022
Défilé Céline Automne-Hiver 2022

About the Author

Ethel Guyot

 Rédactrice pour Blazé.e.s magazine 2025/2026 et étudiante en master Mode et Communication à l’Université de la Mode de Lyon, j’aime les mots, les lire, les écrire, et pouvoir les lier à ma passion pour la création. Mes trois années en DN MADE mode m’ont permis de stimuler ma créativité et de développer ma culture mode et j’aspire maintenant à enrichir mes capacités de réflexions la concernant et développer mes compétences journalistiques pour écrire encore et encore.