Si le monde entier mord désormais à la tendance des grillz, connaissez-vous vraiment l’histoire de cet accessoire dentaire qui illumine chaque sourire ?
Certains affichent leur identité avec des chaînes ou des bagues massives, d’autres choisissent de le faire… en souriant. Aujourd’hui, les grillz sont partout, mais l’idée de décorer ses dents n’est pas nouvelle. Ces bijoux dentaires amovibles, souvent en or et parfois sertis de diamants, ont explosé dans les années 2000, notamment grâce au rappeur Nelly et à son morceau emblématique Grillz. Dans le clip, pas moins de 70 plans rapprochés mettent en avant ces accessoires scintillants, propulsant les grillz sous les feux des projecteurs et les faisant connaître à toute l’Amérique.
Pourtant, loin d’être nés avec l’ère du hip-hop, les grillz puisent leurs racines dans l’Antiquité, plus de 700 ans avant J.-C. Chez les Mayas, les élites faisaient incruster des pierres semi-précieuses, jade ou turquoise, directement sur leurs dents, en signe de pouvoir et de statut social. Les Étrusques, quant à eux, utilisaient des bandes d’or pour fixer ou remplacer certaines dents. Au fil des siècles, les modifications esthétiques de la dentition se retrouvent dans de nombreuses cultures africaines, caribéennes et asiatiques.

C’est cependant à Eddie Plein que l’on doit la version contemporaine du grillz. Ce bijoutier d’origine surinamaise fait émerger cette tendance à New York dans les années 1980. L’idée lui est venue en se cassant une dent. Ainsi, il reçoit une couronne en or, mais refuse de porter du métal précieux en permanence. Pour résoudre ce problème, il imagine un revêtement amovible, qu’il pourra retirer à volonté. Conscient que l’or dans la bouche pouvait devenir un véritable business, Eddie Plein décide alors de tout abandonner pour s’inscrire dans une école dentaire. Il y apprend à fabriquer des couronnes, puis commence à perfectionner son système dans le sous-sol de la maison familiale.
Après s’être exercé sur ses parents, il ouvre sa première boutique, appelée Eddie’s Famous Gold Teeth, dans le Queens. Ce qui a ainsi débuté en tant que solution pratique s’est rapidement métamorphosé en une affirmation de style, notamment au sein de la communauté hip-hop. À mesure que l’esthétique gagnait en importance, certains artistes comme Slick Rick, Big Daddy Kane, Jay-Z ou encore Flavor Flav ont transformé cet accessoire en une signature visuelle. « Un grillz vous donnait l’impression d’être enfin la personne que vous avez toujours voulu être », souligne Vikki Tobak, auteure de l’ouvrage Ice Cold (2022).
Tout le monde a les crocs
Dès lors, de nombreuses célébrités succombent à la tendance des grillz. Parmi les figures emblématiques : Madonna, Beyoncé, Kanye West, Pharrell Williams, Rosalia… et bien d’autres encore ! En France, JoeyStarr est le premier à populariser cet accessoire dans son clip Seine Saint Denis Style (1998). Tous apprécient les grillz autant pour leur éclat et leur beauté que pour la charge symbolique qu’ils véhiculent. Autrefois, dans les milieux défavorisés, recouvrir une dent abîmée d’or servait simplement à la protéger ou à la réparer, faute de moyens pour consulter un dentiste. Aujourd’hui, les grillz sont devenus de véritables marqueurs identitaires. Ils symbolisent la richesse ainsi que la revanche sociale, comme un moyen d’afficher sa réussite à travers un simple sourire.


©Guinness World Records
C’est surtout dans le domaine musical que les grillz trouvent leur place. En France, Laylow arbore des grillz assortis de chaînes sur la pochette de son album Trinity (2020), tandis que Gazo opte pour des modèles sertis de diamants sur Drill FR (2021). Outre-Atlantique, Katy Perry scintille dans son clip Dark Horse (2013) avec un grill estimé à 1 million de dollars, orné de diamants et de pierres précieuses sculptées en forme de fleurs.
A$AP Rocky, quant à lui, pousse l’audace encore plus loin. Dans son clip D.M.B. (2022), il fait sa demande en mariage à Rihanna avec un large sourire dévoilant les mots « Marry me » (Épouse-moi) gravés sur ses dents. La chanteuse lui répond par un « I Do » (Je le veux) tout aussi lumineux.
Ainsi, derrière ces sourires étincelants, on retrouve Dolly Cohen, LA référence mondiale du grillz. Diplômée en dentisterie, cette Française a contribué à faire de ces bijoux un véritable phénomène, il y a une vingtaine d’années, alors que peu y croyaient encore.

Son savoir-faire a même conquis les maisons de couture. Louis Vuitton a notamment fait appel à elle pour le défilé de Pharrell Williams : un ensemble de grillz reprenant les codes du Monogram de la marque, rehaussé de turquoises en clin d’œil à l’univers western du show.



Les grillz d’aujourd’hui n’ont plus grand-chose à voir avec ceux d’hier. Ils se déclinent en or, en argent, en émail, et même en noir. D’ailleurs, ce dernier choix, popularisé par la rappeuse américaine Sailorr, Molly Santana, Sadboi ou encore Tyga, s’inspire de l’Ohaguro, une tradition ancestrale japonaise et vietnamienne consistant à se noircir les dents. Mais, au fond, le message reste le même : affirmer son identité, briller à sa manière et afficher son pouvoir avec le sourire.

About the Author
Clémence Bodeau
Rédactrice pour l’édition 2025-2026 du magazine Blazé.e.s et étudiante en Master de communication de la mode à l’Université de la Mode à Lyon, j’aspire à rédiger des articles qui dépassent la tendance pour interroger ce que la mode dit de nous, de nos identités ainsi que de notre époque.

