Future Nostalgia : L’envolée spage-age et disco de Dua Lipa

On ne le présente plus, comme une comète, il a raflé tous les prix : du local Brit Award au mastodonte Grammy Award, Future Nostalgia, le deuxième album de Dua Lipa est la plus belle étoile de l’artiste à ce jour.

Ode aux années 80 et 90, Future Nostalgia s’ouvre avec son titre éponyme. Le morceau démarre avec une basse lourde et grasse, piquante sur les bords, une voix robotique scandant « future nostalgia ». L’écriture de Lipa amorce son atterrissage et sa désinvolture (You want a timeless song / I wanna change the game / Like modern architecture / John Lautner comin’ your way). Le morceau s’étoffe de nappes et de synthétiseurs nous emportant 20, 30 années en arrières, Dua Lipa propulse de plus en plus sa voix et met les gaz. Et tout d’un coup, comme une erreur dans l’espace-temps : isolement de la base électrifiée, une voix soufflée presque chuchotée, et retour de notre R2D2 musicale. Nous ne sommes qu’à la première minute du disque mais Dua Lipa nous donne directement la tonalité : inspirations funk et disco, une instrumentation riche et variée, des paroles mordantes (I can’t teach a man how to wear his pant), le tout dans une structure pop sophistiquée et résolument moderne. C’est ça la Future Nostalgia fever.

Dua Lipa pour l’album Future Nostalgia , photographiée par Hugo Comte

Entourée de grands noms de l’industrie musicale à la production (Stephen “Koz” Kozmeniuk, Ian Kirkpatrick, Stuart Price ou encore Jeff Bhasker), l’album surprend par son énergie et sa cohérence. Dua Lipa avait déclaré « Je voulais que Future Nostalgia résonne live pour pouvoir être joué tous les soirs par mon groupe sur la tournée, mais mélangé à une production électronique moderne. », et c’est réussi. Basses, synthétiseurs, violon, piano, batteries, guitares électriques, et instruments électroniques, les titres varient les structures, les arrangements, l’instrumentation, mais gardent cette cohérence et cette direction musicale disco. 11 morceaux, rythmés et dynamiques à l’image de Physical, taillés pour le dance-floor des plus grands clubs du monde entier, qui laissent place à quelques bouffés d’air tel que Pretty Please. L’on reprend son souffle et c’est l’incroyable Levitating qui nous ramène sur la piste de danse. Impossible d’y échapper, la fièvre Dua Lipa ne nous donne aucun répit et continue de charmer. Le sensible Love Again, et son sample de My Woman par Lew Stone & Monseigneur Band, nous prépare à notre dernière valse endiablée sur Break My Heart et Good in Bed. Et c’est avec Boys Will Be Boys, seule balade de l’album, que Dua Lipa nous invite merveilleusement à quitter le navire spatiale. Rares ont été les albums pop ces dernières années puisant leur esthétique et leurs sonorités dans un imaginaire artistique et conceptuel. Future Nostalgia ramène, tant sur la forme que sur le fond, à une époque d’excellence et de musique avec une grand M !

Dua Lipa pour l’album Future Nostalgia , photographiée par Hugo Comte

Avec une écriture complexe et versatile, Dua Lipa peaufine son astre musical. L’artiste nous avait habitué à un style efficace et soigné, chantant à tue-tête romantisme et liberté, mais dans ce second album le vers est d’autant plus mordant et pinçant. Elle nous a prévenu « I know you ain’t used to female alpha » dans le titre Future Nostalgia, Dua Lipa montre une facette brûlante, désireuse d’émancipation, scande-t-elle « You got me losing all my cool / Cause I’m burning up on you / In control of what I do », dans le morceau Cool. C’est ça la Future Nostalgia fever : c’est la fête à bord, sans oublier d’être conscient. Conscient de ce que l’on vit, du mal qui nous entoure, du monde qui veut notre peau. Mais Future Nostalgia, c’est vivre avec ce danger, danser sur le fil du rasoir, continuer dans la douleur et en créer quelque chose de beau, de puissant, de féminin. Car cet album, c’est d’abord l’oeuvre d’une jeune femme de 24 ans, sensible et mélancolique. Alors entre peines de coeur, manipulation, et trahison, le commandant de bord préfère danser et s’oublier, contemplant ses idoles – Madonna, Prince, Kylie Minogue – qui ont inspiré ce disque et ce voyage intemporel, déjà un classique du genre.

ILGHET Nasser-Din