C.R.E.O.L.E FW26 : l’amour de ses racines

La marque française C.R.E.O.L.E a présenté sa collection “SK1N” pendant la Paris Fashion Week automne-hiver 2026. Le directeur artistique Vincent Frédéric-Colombo est revenu sur ce défilé pour Blazé.e.s Magazine.

Vincent Frédéric-Colombo grandit en Guadeloupe et y développe un attachement profond et une sensibilité particulière pour les cultures créoles. En 2012, il travaille chez KOKON TO ZAI tout en lançant le projet de recherche visuelle CREOLE SOUL avec Fanny Viguier. Iels fondent ensemble LA CREOLE, un collectif culturel parisien encore actif aujourd’hui. Cependant, C.R.E.O.L.E, de son nom complet Conscience Relative à l’Émancipation Outrepassant Les Entraves, est un projet individuel présenté à la Paris Fashion Week depuis 2023. Vincent définit cette  marque de vêtements pour Blazé.e.s comme “un manifeste créatif autour de l’histoire, des communautés, des diasporas et leurs mutations à travers l’histoire, le vêtement, la musique, et les corps”.

L’identité C.R.E.O.L.E sublimée en défilé

Silhouettes du défilé Automne-Hiver 2026
@Fashion Network

Ce samedi 24 janvier 2026, C.R.E.O.L.E a dévoilé une collection inspirée “de l’origine et de l’évolution du mouvement skinhead”, né en Angleterre dans les années 60. En collaboration avec la marque iconique Dr.Martens associée au mouvement, mais également avec Alpinestars, ce défilé nous a révélé des silhouettes mélangeant latex, denim et nudité. Inspirées de l’esthétique ouvrière, les bretelles, le flanel et les Docs ont été de la partie tout en gardant la patte très reconnaissable de la marque, urbaine, confortable et fidèle à ses inspirations créoles. Le public a été surpris par les lentilles et les coiffures arborées par les mannequins, mais au-delà de la collection, le plus surprenant restait l’ambiance qui a été affirmée avec vigueur dès le début du show. Des flashs lumineux rouges et blancs accompagnés d’une musique rock aux sonorités punk ont immédiatement plongé les spectateurs dans le bain. Si cette esthétique a été revendiquée par C.R.E.O.L.E jusque dans le choix du lieu, un hangar sur les quais de Seine, la marque a insisté sur le refus de “glorifier les distorsions idéologiques ultérieures” et a souhaité jouer avec les codes de ce mouvement pour mettre en valeur “les récits contemporains du corps, du regard et des traces visibles du passé”. Si ce défilé a surpris les spectateurs au premier abord, il est resté très apprécié et parfaitement dans la lignée de la marque.

Expérimenter des choses en gardant les fondamentaux même de la marque” : retour du designer sur le défilé SK1N

L’ADN de la marque est tout aussi présent, voire plus appuyé sur cette collection en étant plus subversive, parce qu’il y a plein d’éléments qui sont déjà connus. Avec une approche qui est un peu plus audacieuse, l’usage du latex était assez inédit”. Le directeur artistique de C.R.E.O.L.E nous confie qu’en ayant un.e artiste qu’il apprécie en tête, il se demande ce qu’il peut lui amener comme défi : comment le.a challenger tout en le.a poussant à une recherche, une exploration de certains processus qui méritent selon lui d’être développé ? Ce challenge a été relevé cette saison par Barcelo Cadjo, designer spécialisé dans le latex, qui a accepté de créer plusieurs vêtements caractéristiques de la collection qui ont particulièrement convaincu le public.

Vincent Frédéric-Colombo a aussi souligné l’importance de s’entourer des bonnes personnes : “Le partage de point de vue avec des personnes qui comprennent aussi la vision permet d’élever une marque de saison à saison, de pouvoir surprendre mais de manière juste. C’est maintenir la substance et le substrat d’une marque, son ADN pour vraiment l’enrichir de saison en saison.

Il ajoute également qu’une grande partie de son travail réside dans la mise en avant de différents types de beauté, de convention et d’origine. Une véritable insistance nourrie par un amour profond pour ses racines sur l’intérêt que la marque porte au métissage a d’autant plus lié le défilé SK1N à sa vision, nous rappelant que les skinheads sont issus du métissage entre la jeunesse blanche britannique et les immigrés caribéens. Vincent appuie sur le fait “qu’on oublie à chaque fois que les origines venant des colonies sont très métissées, et ce de plusieurs manières”, et voit C.R.E.O.L.E comme “une espèce d’étendard pour montrer un peu tout ce qui est possible de retrouver dans ces territoires, et en même temps célébrer leur histoire, célébrer leur complexité, leur richesse, leur douleur”.

Après ce défilé plein de sens et acclamé par le public, Vincent a conclu cet interview avec ce conseil :


Rien ne vous est offert, vous avez tout à trouver.


About the Author

Alma GLAYSE

Rédacteurice du magazine Blazé.e.s (édition 2025-2026) et étudiant.e en master à l’Université De La Mode. Je sors d’études de langues en anglais et en japonais. J’écris des articles en apportant un regard nuancé sur les tendances et les actualités du monde de la mode.