Les matières animales sont depuis toujours utilisées pour nous vêtir, et si elles sont aujourd’hui réputées pour leurs nombreuses qualités, elles sont souvent décriées par les amoureux des animaux et les écologistes.
Les vertus des matières animales sont reconnues depuis des milliers d’années, mais dans notre société actuelle nous sommes en droit de remettre en question leur utilisation et de se demander s’il n’existerait pas des façons plus éthiques de consommer nos vêtements en matière d’origine animale ? Rien n’est jamais tout noir ou tout blanc, et les matières d’origine animale n’échappent pas à la règle. Effectivement, si certaines représentent un désastre écologique et éthique, d’autres souffrent de la réputation de ces premières sans qu’on ne se pose aucune question. Il est aujourd’hui temps de rendre à César ses lauriers, et de parler de ces matières si calomniées.
Le cuir
Réputé pour sa solidité, le cuir est un matériau principalement apprécié dans l’industrie de la mode, notamment via la maroquinerie. La majorité du cuir produit aujourd’hui est bovin et provient d’abattoirs où l’animal est tué avant tout pour sa viande. L’élevage intensif d’animaux augmente considérablement la production de gaz à effet de serre, et, de leur naissance à leur mort, ils vivent dans des conditions sinistres. L’impact environnemental de la production de cuir se loge aussi dans l’utilisation de produits chimiques polluants lors de la transformation de la peau. De plus, les cuirs exotiques, particulièrement recherchés dans la maroquinerie de luxe, encouragent le braconnage au détriment de la survie des espèces.
Afin de répondre à une demande des consommateurs, du cuir dit “vegan” est développé depuis plusieurs années. Des marques de chaussures comme Dr Martens ou Veja proposent déjà des alternatives. Même si des cuirs 100% végétaux existent (à base de marc de raisins, d’ananas, de liège, etc.), des “similis cuirs” prolifèrent sur le marché n’utilisant pas de matière 100% végétale mais un certain pourcentage de dérivés de plastique. Ces dérivés de plastiques ont un impact écologique non négligeable qu’il faut garder en tête Également, une solution éthique au cuir qui ne fait aucunement l’impasse sur sa solidité ni sur l’impact écologique peut être le cuir upcyclé fabriqué à base de déchets ou de chutes de l’industrie, ou le cuir recyclé.

La fourrure
Bien que fourrure soit depuis des siècles synonyme de richesse et de réussite sociale, elle n’en reste pas moins la matière d’origine animale la plus critiquée dans le monde de la mode. Si les grandes maisons suivent toutes petit à petit l’exemple donné par Stella McCartney et Vivienne Westwood en 2007, certaines résistent encore à cet abandon inexorable, comme Dior, Louis Vuitton et Hermès. Le problème avec la fourrure, c’est encore et toujours la condition animale. Plus de 100 millions d’animaux sont tués pour leur pelage chaque année. Des élevages existent depuis des siècles, mais les animaux n’y sont pas mieux traités que dans les élevages d’animaux à viande et leur impact environnemental reste très élevé. De plus, le second problème de ces “fermes à fourrure”, qui représente quand même 80% du marché, c’est que les animaux n’y sont élevés que pour leur fourrure et rien d’autre. Les 20% restants du marché de la fourrure trouvent leur origine hors des élevages, dans la chasse. Pour cette part de marché, c’est le problème de la mise en danger d’espèces entières qui ressort, qui sont parfois déjà en voie d’extinction.
Quelle solution éthique existe-il ? Certaines marques revendiquent un sourcing plus éthique de leur fourrure, avec de meilleures conditions de vie pour les animaux, mais les affirmations restent vagues et invérifiables. Les fourrures synthétiques existent, mais de par l’impact environnemental de ces matières plastiques, ce n’est pas une solution plus éthique. Certaines grandes maisons essayent d’innover et de recréer des fausses fourrures avec des matières végétales, mais rien ne semble concluant jusqu’ici. La seconde main reste la meilleure solution pour acheter nos fourrures si nous nous refusons à remplacer ce matériau.
La laine
Qu’elle soit de mouton, de chèvre, de lapin ou d’alpaga, la laine est appréciée pour son côté chaleureux et économique. L’avantage principal avec ce matériau est qu’il ne nécessite pas la mort d’un animal pour sa production. La tonte est réalisée le plus souvent une fois par an, et est parfois nécessaire. Pour les moutons, couper les poils leur permet de ne pas être ensevelis sous leur propre pelage. Même si tuer un être vivant n’est pas nécessaire, la souffrance animale reste cependant ancrée dans l’équation. Comme tout élevage intensif, un grand nombre d’animaux produit plus de gaz à effet de serre, et le bien-être animal n’est pas une priorité. La pratique la plus répandue, surtout en Australie et en Nouvelle-Zélande puisque pas nécessaire et surtout interdite en Europe, s’appelle le mulesing. C’est une intervention préventive pratiquée sans anesthésie et très douloureuse pour l’animal qui consiste à retirer la peau autour de la queue du mouton afin d’éviter la prolifération de parasites qui altèrent la qualité de la laine. Certains élevages respectant les conditions de vie des animaux existent, et différents labels permettent d’identifier les pratiquants de mulesing pour les éviter. La meilleure option pour rester le plus éthique et éviter tout l’impact environnemental lié à la production reste la laine recyclée qui permet de réutiliser facilement des ressources déjà existantes.

La plume


Des oiseaux les plus communs aux plus exotiques et lointains, symbole de légèreté, de grâce et de richesse, la plume est adorée dans la mode depuis l’époque de Louis XIV. Qu’elle soit plantée sur la tête, ébouriffée sur une chaussure ou arborée en manteau tel que celui aussi célèbre que somptueux de Marlene Dietrich, la plume est aujourd’hui autant un symbole du faste de la haute couture que des dérives éthiques de celle-ci. Aucune source ne sait véritablement combien d’oiseaux sont plumés chaque année, mais les plus optimistes parlent de centaines de millions tandis que d’autres comptent en milliards. Les oiseaux sont plumés vivants sans aucune forme d’anesthésie, souvent blessés grièvement pendant le plumage, et ce jusqu’à la mort. Ces plumes sont ensuite utilisées pour remplir diverses fonctions, du duvet pour nous garder au chaud aux plumes décoratives qu’on exhibe. Pour le duvet, de nombreuses alternatives existent. La première est l’usage de duvet recyclé que le label Global Recycled Standard permet d’identifier plus facilement. La deuxième est une alternative vegan au duvet animal à base de fleurs séchées, de bioplastiques formés à partir de maïs et de déchets (plastiques, cigarettes…). Enfin, la troisième solution peut être de récolter des plumes arrachées naturellement, comme le fait le duvet “Eider” en Islande. Les rembourrages en polyester non-recyclé n’impliquent pas de souffrance animale, certes, mais sont reconnus comme encore plus polluants que le duvet classique, et ne sont donc pas une solution éthique. Pour les plumes décoratives, certains utilisent de l’organza pour créer de fabuleux boas de plumes factices, ou d’autres matériaux synthétiques comme le nylon ou le polyester. D’autres ont trouvé des alternatives vegan et éthiques aux plumes. Le meilleur exemple, et un des seuls, est le défilé Printemps-Été 2026 de Stella McCartney, créatrice réputée pour son engagement fort pour une mode éthique, qui était constitué de matériaux à 98% durables et à 100% cruelty-free, aka sans souffrance animale. Toutes les autres plumes, dans la mode ou ailleurs, sont issues de la souffrance animale.
La soie
La soie a toujours été appréciée partout dans le monde pour se vêtir de par sa légèreté et sa brillance incomparable. Multitude de satins de soie ont été utilisés par les grands créateurs pour créer des pièces lumineuses et fluides, allant des robes somptueuses aux déshabillés affriolants. Cette matière est produite en très grande majorité dans des élevages de bombyx des mûriers, une espèce de papillons appelée communément le “ver à soie”. Le filament de soie provient du cocon que la chenille produit pour devenir papillon. Il est récupéré en plongeant la chrysalide dans de l’eau chaude afin de ne pas casser le fil, ébouillantant au passage la chenille vivante restée à l’intérieur. De plus, le procédé global par lequel on passe pour obtenir un tissage à base de ce filament de soie est extrêmement polluant, car l’élevage des vers requiert engrais, pesticides et autres substances chimiques nocives. Des solutions plus éthiques existent pour remplacer la soie, la première étant la soie sauvage. Si la culture de la soie classique nécessite de “tuer l’animal dans l’œuf”, la soie sauvage consiste à attendre que la chenille ait fini sa mutation, et à récupérer le cocon une fois le papillon sorti. La soie sauvage ne nécessite pas d’élevage puisque les cocons peuvent être prélevés dans la nature ; certains producteurs qui utilisent la même technique dans un élevage l’appellent alors “Peace silk” ou “Ahimsa Silk”. Si cette pratique permet de laisser l’animal en vie et de retirer toute souffrance animale, le fil est endommagé dans le processus et cette soie “cruelty-free” est ainsi moins brillante que la soie de culture. Une autre solution pourrait se trouver dans les soies artificielles, mais le problème environnemental des textiles synthétiques reste non négligeable.


La seconde main : la solution la plus durable ?
En règle générale, la seconde main reste une façon de consommer qui allie éthique et budget. Prenons en exemple un manteau en fourrure : si l’acheter en seconde main est de toute évidence plus économique que de l’acheter neuf, c’est également bien plus écologique. Le manteau ayant déjà été produit, aucun animal n’est impacté par le rachat dudit manteau, aucune ressource supplémentaire n’est utilisée pour sa fabrication, aucune industrie qui soutient la souffrance animale n’est financée (puisque votre argent va à l’industrie de la seconde main) : en bref tous les impacts de la production sont évités. De plus, l’achat en seconde main permet de donner une seconde vie à ce vêtement, et ainsi d’éviter de jeter des matériaux de qualité. Et si ne pas trouver de vêtements à votre goût vous effraie, n’oubliez pas que le marché de la seconde main est saturé de vêtements, conséquence directe d’une surconsommation excessive et normalisée, que la mode est cyclique et que tout est toujours modifiable et personnalisable à votre convenance. Laconiquement, tout se trouve, et si ça ne se trouve pas, créez.

About the Author
Alma Glayse
Rédacteurice du magazine Blazé.e.s (édition 2025-2026) et étudiant.e en master à l’Université De La Mode. Je sors d’études de langues en anglais et en japonais. J’écris des articles en apportant un regard nuancé sur les tendances et les actualités du monde de la mode.

