2026 est placée sous le signe du Cheval de Feu selon le zodiaque chinois. Une symbolique qui, depuis des décennies, semble déjà galoper dans l’imaginaire des designers.
Raffinement, puissance, élégance, succès. Autant de termes pour évoquer les symboliques associées au cheval que pour la dernière collection de Stella McCartney, qui s’est tenue sous la verrière du Grand Manège Jean Caucanas. La créatrice londonienne, récemment faite Chevalier de la Légion d’honneur, considère les chevaux comme « l’un des plus grands amours de (sa) vie depuis le premier jour », confiait-elle sur son compte Instagram. C’est ainsi que l’esthétique équestre devient le fil rouge de son défilé automne-hiver 2026/2027. Elle galope aussi bien dans le décor du show, avec des chevaux blancs puis noirs trônant au centre du podium, que sur l’invitation au défilé, puisqu’elle prenait la forme d’un petit jouet My Little Pony. Sans surprise, les looks concordaient avec cette ambiance cavalière, empruntant certains codes de l’univers hippique, notamment celui des bottes hautes.
« Les chevaux ont toujours été présents dans mon monde, personnellement et créativement. Parce que honorer le cheval signifie honorer ce qu’ils nous donnent »
– Stella McCartney –

©Stella McCartney

©Aurore Marechal

©Aurore Marechal
En 2024, Stella McCartney présentait une paire de jeans accompagnée de traditionnelles chaps (jambières), revisitées en cuir végétalien, fidèle à son engagement en faveur de la cause animale. La même année, la maison dévoilait son nouveau it-bag, le Stella Ryder, dont la silhouette s’inspire de la courbure du dos des chevaux et des selles. Le cheval n’a ainsi cessé de nourrir l’inspiration de la créatrice britannique.
Une fascination que l’on retrouve également chez Chemena Kamali, à la tête de la maison Chloé, lors de son dernier défilé intitulé Dévotion. Ici, l’univers du Far West était à son paroxysme. Des pantalons slim en cuir s’associaient harmonieusement à des vestes de blazer ornées d’épaulettes XXL. Des bottes audacieuses ultra-hautes ainsi qu’une ceinture dont la boucle reprend le contour d’un cheval, griffée du nom de la marque, venaient parfaire la collection.
Et si les chevaux influençaient notre garde-robe ?
Si la mode masculine est aujourd’hui aussi élégante, c’est en grande partie parce qu’elle trouve ses origines dans l’équitation. Les aristocrates montaient fréquemment à cheval et leurs vêtements d’équitation sont progressivement devenus les bases du style masculin élégant.

Par exemple, les bottes d’équitation étaient initialement conçues pour offrir une bonne adhérence à l’étrier, avant de devenir un véritable symbole de style et d’élégance. Le blazer aussi, avec ses épaules structurées permettant de rester droit en selle, trouve ses origines dans l’équipement utilisé pour la chasse à courre avant de s’imposer comme une pièce classique du vestiaire masculin (puis féminin). Même la cravate possède des racines équestres ! Au XVIIᵉ siècle, les officiers de cavalerie croates portaient des foulards noués autour du cou. Cet accessoire séduit immédiatement les aristocrates français.
Et s’il faut attribuer cette élégance à une personnalité, c’est bien à George Brummell, plus connu sous le nom de Beau Brummell. Icône de style de l’ère Régence et pionnier du dandysme britannique, il eut une idée qui changea tout : adapter les vêtements d’équitation pratiques à la vie urbaine. Manteaux parfaitement ajustés, couleurs sobres, attention obsessionnelle portée à la coupe plutôt qu’à l’ornement… bref, il imposa l’art du vestiaire équestre comme la nouvelle norme de l’élégance masculine.
Pour les femmes, la relation avec le cheval s’est révélée bien plus révolutionnaire. Pendant longtemps, la société leur imposait des vêtements bien éloignés du confort : corsets serrés et jupes longues rendaient la pratique de l’équitation non seulement difficile, mais surtout dangereuse. En effet, elles montaient en sidesaddle (amazone), c’est-à-dire les deux jambes du même côté du cheval, ce qui augmentait considérablement le risque de chute. Le véritable tournant intervient lorsque certaines femmes commencent à monter à califourchon, avec une jambe de chaque côté du cheval. Cette nouvelle position nécessite alors des vêtements différents, notamment des culottes d’équitation.

Peu à peu, celles-ci deviennent un véritable symbole politique puisqu’elles incarnent la liberté de mouvement et le droit pour les femmes de s’habiller avant tout pour leur propre confort. D’ailleurs, ces culottes sont devenues une porte d’entrée vers les pantalons dans la vie quotidienne, ouvrant des siècles de restrictions vestimentaires. Coco Chanel, qui de son temps libre murmurait à l’oreille des chevaux, s’inspirait de l’équitation pour créer des vêtements féminins modernes. Elle transforme les jodhpurs (pantalon d’équitation) en pantalons élégants, s’inspire des vestes d’équitation masculines pour créer des blazers et développe toute une esthétique sportswear fondée sur une idée selon laquelle les vêtements pour femmes doivent être aussi fonctionnels que beaux.
L’emblème du luxe


Tantôt littéral, avec les célèbres logos de Longchamp ou l’emblème équestre de Burberry, tantôt simplement suggéré par quelques détails comme les santiags, les franges ou les chemises à carreaux… le cheval semble omniprésent dans les collections des défilés de mode. Dans la famille des maisons de luxe dont l’ADN hippique domine, une s’impose sans hésitation : Hermès. Fondée en 1837 par Thierry Hermès, comme atelier de harnais et de selle, la maison conserve toujours son savoir-faire équestre. L’emblématique sac Kelly, avec sa forme structurée et ses sangles en cuir, s’inspire d’ailleurs des couvertures et des sacoches utilisées pour les chevaux. Ralph Lauren, quant à lui, a bâti tout un imaginaire autour de l’esthétique équestre. Les terrains de polo, les domaines du Connecticut ainsi que l’élégance aristocratique de la côte Est composent cet univers d’Americana sophistiquée.


Plus subtile mais tout aussi évidente, la griffe italienne Gucci puise régulièrement dans les codes du cheval. Imprimés d’étriers ou encore sangles inspirées de la bride sont autant de références équestres devenues signatures de la maison. On retrouve également le mors iconique qui est visible sur des mocassins, des ceintures ou des sacs comme le Jackie. Chez Chanel, en 2022, le grand destrier devient lui-même mannequin et défile aux côtés de Charlotte Casiraghi, cavalière monégasque. Aucun lien direct avec la collection, simplement un geste extrêmement chic.
Il y a une raison pour laquelle les détails équestres continuent d’incarner le luxe. Ils sont enracinés dans l’artisanat, les matériaux de qualité et une certaine idée du temps libre aristocratique. Quincaillerie en laiton, cuir souple et silhouettes de bottes d’équitation composent un langage visuel hérité de siècles de culture équestre. Et la mode semble incapable de s’en détacher.

About the Author
Clémence Bodeau
Rédactrice pour l’édition 2025-2026 du magazine Blazé.e.s et étudiante en Master de communication de la mode à l’Université de la Mode à Lyon, j’aspire à rédiger des articles qui dépassent la tendance pour interroger ce que la mode dit de nous, de nos identités ainsi que de notre époque.

