La robe de mariée : naissance d’un mythe blanc

Symbole fort du mariage, la robe de mariée incarne l’élégance de la plus belle soirée d’une vie. Pourtant, elle n’a pas toujours dit oui à la blancheur. Retour sur 1 500 ans d’histoire.

Au Moyen Âge, les sentiments étaient encore loin de battre leur plein, en particulier lorsqu’il s’agissait de noces. Longtemps, le mariage relevait d’un acte stratégique et politique unissant des familles par intérêt. Dans les milieux aristocratiques, la robe de mariée ne célébrait pas l’amour, mais le rang ainsi que la fortune. Véritable porte-drapeau social, la tenue de noce se devait d’être spectaculaire. Les jeunes femmes se mariaient vêtues de robes richement colorées, confectionnées dans des tissus coûteux et ornées de broderies précieuses. Plus y’en avait, mieux c’était ! De la longueur de la traîne à la qualité des apprêts, chaque détail était minutieusement pensé pour affirmer le prestige familial. Velours, satins, fourrures… des couches et des couches de textiles rares venaient composer ces silhouettes nuptiales, sans que la forme ou la couleur ne soient vraiment codifiées. 

Le Mariage de Louis XIV et Marie-Thérèse d’Autriche, Adam Frans van der Meulen, 1660

Parmi les couleurs les plus appréciées de l’époque, le rouge, porté aussi bien par les élites que par les milieux populaires, occupait une place centrale. Issu de la garance, un colorant végétal très résistant à l’eau, à l’air et à la lumière, le rouge incarnait la fertilité ainsi que la prospérité. Le bleu, en revanche, demeurait une couleur rare et précieuse. Introduit en France par les Capétiens au XIIᵉ siècle sur les vêtements royaux, il était extrêmement coûteux à produire. Cette couleur sera rapidement associée à la richesse, à la pureté et à la fidélité, notamment en raison de son lien avec la figure de la Vierge Marie. Le noir (non, vous ne rêvez pas) s’impose également comme l’une des teintes les plus prisées. Une chose est sûre, la robe de mariée blanche ne faisait pas encore l’unanimité auprès des futures épouses.

Il était une fois, la Reine Victoria…

Le mariage de la reine Victoria et du prince Albert, gravure de 1911 © Bazile Provence

Il faudra attendre le XIXᵉ siècle pour assister à un retour de la robe de mariée blanche. Cette évolution, on la doit en grande partie à une femme : la Reine Victoria (aussi reine des tendances, puisqu’elle imposera aussi la mode du noir profond pour porter le deuil).

Le 10 février 1840, lors de son mariage avec le prince Albert, qu’elle décrivait comme « le plus beau jour de sa vie », Queen V choisit une robe en satin de soie de Spitalfields couleur crème, ornée de volants en dentelle de Honiton au col et aux manches. Avec sa taille marquée, son jupon en crinoline et ses riches détails de dentelle, cette silhouette est encore aujourd’hui considérée comme l’archétype de la robe de mariée « classique » en Occident. 

Selon les écrits, diverse hypothèses permettent d’expliquer le choix du blanc. L’une d’elles avance que cette couleur aurait permis à la reine de se distinguer des aristocrates, qui portaient majoritairement des robes très colorées. Une autre s’expliquerait dans la volonté de ne pas s’habiller trop richement, pour ne pas être en désaccord avec son époux, vêtu d’un costume militaire plus sobre. Par ailleurs, la photographie du mariage de Victoria et Albert contribue largement à diffuser l’image de la robe auprès du public, participant ainsi à l’engouement qu’elle suscite. Par la suite, de nombreux mariages princiers s’en inspireront, notamment celui de Élisabeth d’Autriche, plus connue sous le nom de Sissi.

Le blanc sur tous les corps

Dès lors, la couleur blanche, ou du moins l’absence de couleur sur la robe de mariée, devient à la mode au sein des classes bourgeoise et aristocratique, notamment en raison de ses significations associées à la richesse, à l’innocence et à la pureté. Il faudra cependant attendre encore quelques décennies pour que la robe de mariée blanche se démocratise auprès des femmes de la classe moyenne, en Europe comme aux États-Unis. Jusqu’alors, la plupart des mariées se contentaient de porter leur plus belle robe pour le jour J. Après la Seconde Guerre mondiale, la prospérité des sociétés occidentales et la baisse des coûts de production textile permettent à la robe de mariée blanche de s’imposer progressivement dans toutes les classes sociales.

La princesse Diana et le prince Charles, le jour de leur mariage
© Vanity Fair
La princesse Meghan et le Prince Harry, le jour de leur mariage
© AFP

Parmi les robes les plus marquantes, figure celle de Grace Kelly, portée en 1956, composée de dentelle, de perles et de tulle. On pense également à la robe iconique de Lady Diana Spencer. Signée par David et Elizabeth Emanuel, cette création en taffetas de soie ivoire, avec une traîne spectaculaire de sept mètres, a été portée lors de son mariage en 1981. Plus récemment, la robe Alexander McQueen imaginée par Sarah Burton pour Kate Middleton, ainsi que celle conçue par Givenchy sous la direction de Clare Waight Keller pour Meghan Markle, ont immédiatement suscité de nombreuses imitations. Ainsi, en l’espace d’un demi-siècle, une tradition s’est imposée : celle de se marier en blanc, au point d’être aujourd’hui perçue comme intemporelle.

Mais dans certains pays, où les cultures et les traditions demeurent, la robe de mariée blanche n’est pas la norme. En Inde, la mariée porte traditionnellement un sari rouge vermillon, richement orné de dorures. En Chine, le hanfu, vêtement traditionnel de la mariée, est également rouge, cette couleur étant associée à la chance.

Chez les Amish, aux États-Unis, la robe est traditionnellement bleue ou noire, et la future mariée la confectionne elle-même. Enfin, aux Antilles, le tissu madras, étoffe aux couleurs vives formant carreaux ou rayures, continue de parer de nombreuses robes de mariée.

Vêtement traditionnel de la mariée en Chine, le Hanfu © Mandarin Oriental

La cerise sur le wedding cake des défilés

Dans le milieu de la mode, la robe de mariée symbolise traditionnellement la clôture d’un défilé haute couture. Ce rituel, presque sacré, aurait été instauré par Christian Dior à la fin des années 1940. Bien avant cela, les créateurs réalisaient déjà des tenues de mariage pour leur clientèle privée, dont certaines commencent peu à peu à apparaître sur les podiums, comme la robe imaginée par Jeanne Lanvin pour le mariage de sa fille en 1924. La robe de mariée permet ainsi aux maisons de couture de déployer l’ensemble de leur savoir-faire. Elle devient l’apothéose du défilé. Clôturer un show en robe de mariée est alors perçu comme un honneur pour la mannequin. Chez Chanel, cette tradition fut longtemps incarnée par Claudia Schiffer, tandis que chez Yves Saint Laurent, ce rôle revenait fréquemment à Laetitia Casta.

Robe de mariée non genrée Balenciaga
© Vogue
La mariée Chanel porté par Adut Akech
© Esprit de Gabrielle
Kaia Gerber pour Givenchy
© HuffPost

Aujourd’hui, certaines créations cherchent à bousculer les codes. En témoignent la robe de mariée non genrée imaginée par Demna pour Balenciaga lors de la collection haute couture automne-hiver 2021–2022, ou encore la robe courte d’inspiration ballet core proposée par Virginie Viard pour Chanel haute couture printemps-été 2024. Changement de couleur pour Adut Akech qui a clôturé le défilé Chanel haute couture automne-hiver 2018 dans un tailleur deux pièces en tweed vert menthe. La traîne, elle aussi, peut être réinterprétée. Celle portée par Kaia Gerber pour Givenchy en 2020, prenant la forme d’un couvre-chef en guipure façon ombrelle XXL, avait marqué le monde de la mode.

About the Author

Clémence Bodeau

Rédactrice pour l’édition 2025-2026 du magazine Blazé.e.s et étudiante en Master de communication de la mode à l’Université de la Mode à Lyon, j’aspire à rédiger des articles qui dépassent la tendance pour interroger ce que la mode dit de nous, de nos identités ainsi que de notre époque.